Jacques Lamarre + Associés

La réinsertion au travail suite à une dépression

La personne qui effectue un retour au travail suite à une dépression éprouve habituellement beaucoup d’inquiétudes.  Les symptômes d’anxiété et de stress augmentent souvent lorsque le médecin confirme la date de retour à l’emploi.  Plusieurs recommencent à faire de l’insomnie ou encore rêvent à leur lieu de travail.  D’autres craignent d’être jugées par leurs collègues ou leur employeur.

Les questions sont nombreuses : que pensent-ils de moi?  S’ils me demandent la raison de mon absence, que vais-je leur répondre?  Les sentiments d’impuissance et d’incompétence face à leur tâche de travail sont aussi très présents : est-ce que je suis réellement prête à reprendre le travail? Est-ce que je serai capable de performer comme autrefois? Est-ce que je vais m’adapter aux changements qui ont eu lieu durant mon absence? Globalement, c’est l’organisation même d’une journée normale de travail qui est redoutée.

Des recherches ont démontré qu’un congé de maladie excédant plus de deux mois exige une réadaptation aux routines et au rythme associé à une semaine de travail ordinaire.   Les facteurs qui font qu’une personne appréhende un retour à l’emploi sont multiples.  Il faut cependant se rappeler que la personne qui a vécu un épisode dépressif est affaiblie dans son estime de soi.  Elle se juge souvent très sévèrement de n’avoir pu surmonter cette période de stress avec plus d’efficacité.  Ayant vécu une période d’invalidité plus ou moins longue, elle ne fait plus confiance à sa capacité de s’adapter aux exigences de l’emploi.

Les milieux de travail qui souhaitent offrir leur soutien peuvent jouer un rôle important auprès de ces personnes.  Cependant, la mise en place des conditions favorables à la prévention de cette maladie et à la réinsertion au travail ne peut se faire sans une connaissance des symptômes de la dépression.  Comprendre le vécu de la personne dépressive permet d’éviter les jugements de valeur et d’intervenir le plus rapidement possible pour réduire sa progression.

COMMENT RECONNAÎTRE LA DÉPRESSION ?

Mais que doivent donc observer les gestionnaires qui soupçonnent qu’un des leurs traverse une période dépressive?  La plupart des professionnels de la santé utilisent le modèle médical pour définir la dépression.  Selon le DSM IV, le diagnostic de dépression s’effectue lorsque au moins cinq des symptômes suivants sont présents pendant au moins deux semaines consécutives.  Parmi ceux-ci, les deux premiers sont essentiels au diagnostic de la dépression :

  • Humeur dépressive présente pratiquement toute la journée (tristesse, sentiment de vide intérieur) et observable par la personne elle-même ou par ses proches;
  • Diminution de l’intérêt ou du plaisir dans presque toutes les activités (travail, loisir, relations sociales, etc.), pratiquement toute la journée, presque tous les jours;
  • Perte ou gain de poids significatif en l’absence de régime, diminution ou augmentation de l’appétit presque tous les jours;
  • Insomnie ou hypersomnie;
  • Agitation ou ralentissement moteur;
  • Fatigue ou perte d’énergie presque tous les jours;
  • Sentiment de dévalorisation ou de culpabilité excessive ou inappropriée;
    diminution de l’aptitude à penser ou à se concentrer ou indécision presque tous les jours;
  • Pensées de mort récurrentes (pas seulement une peur de mourir), idées suicidaires récurrentes sans plan précis ou tentative de suicide ou plan précis pour se suicider.


D’autres symptômes sont souvent présents même s’ils ne constituent pas des critères pour reconnaître la dépression : tendance à broyer du noir, à pleurer, irritabilité, ruminations obsessionnelles, anxiété, phobies, préoccupations excessives pour sa santé physique, douleurs (ex. céphalées, douleurs musculaires à l’abdomen ou autres), difficultés dans les relations intimes ou sociales, difficultés sexuelles,  Certaines personnes peuvent présenter des attaques de panique.  Dans environ 15% des cas, il y a présence de symptômes tels des hallucinations ou du délire.

De plus, précisons que l’on distingue plusieurs types de dépression : la dépression majeure consistant en un ou plusieurs épisodes dépressifs majeurs qui tranchent avec le fonctionnement habituel de la personne, la dysthymie qui est caractérisée par des symptômes dépressifs chroniques, moins sévères mais qui persistent pendant plusieurs années et la maniaco-dépression qui consiste en une alternance d’épisodes maniaques et dépressifs.

Compte tenu de ces différents types d’état dépressif, le diagnostic de dépression majeure (ou autre) doit être posé par un médecin ou par un psychiatre.  Règle générale, c’est aussi le médecin de famille qui autorise un congé de maladie à son patient et en détermine la durée à l’aide d’une évaluation périodique des symptômes.  Aussi, c’est le médecin qui suggérera la date et les modalités de retour à l’emploi (ex: retour progressif à une tâche allégée, etc).

QUE FAIRE POUR SURMONTER UNE DÉPRESSION :

Lorsque des symptômes de dépression persistent, il est important de consulter un médecin qui vérifiera, au besoin, si ces symptômes peuvent avoir une cause médicale (par exemples, carence en vitamine B12, hyper- et hypothyroïdie, infections virales, etc). Le médecin pourra aussi discuter avec son patient de la pertinence de prendre un antidépresseur. Les symptômes de la dépression sont souvent si incapacitants qu'un antidépresseur peut s'avérer très utile et parfois même nécessaire pour diminuer la sévérité des symptômes.

En général, il ne faut cependant pas compter uniquement sur la médication pour soigner une dépression. Si on ne fait pas de changements dans son mode de vie ou dans ses modes de fonctionnement, le risque de récidive est assez élevé. On estime qu’environ 25% des femmes et 12% des hommes connaîtront un épisode dépressif au cours de leur vie, et près de la moitié de ces derniers récidiveront.

Les traitements combinés (pharmacologie et psychothérapie) sont reconnus pour être les plus efficaces dans le traitement de la dépression. Si l’usage d’un antidépresseur permet graduellement de soulager les symptômes invalidants de la dépression, la psychothérapie elle, aide la personne à identifier et à agir sur les stresseurs internes et externes qui sont responsables de l’apparition et du maintien de la dépression.

PRÉVENIR LA DÉPRESSION :

En milieu de travail le début de la phase dépressive est parfois difficile à déceler.  La personne qui en est atteinte peut manifester des signes d’irritabilité, d’impatience ou encore pleurer plus souvent.  Elle se sent triste ou vide et présente une diminution marquée de l’intérêt ou du plaisir dans l’une ou presque toutes les activités de sa vie.  Ces symptômes s’accompagnent souvent d’un état de fatigue persistant ou d’une perte d’énergie.  Les comportements suivants mériteront donc une attention particulière de la part des gestionnaires:

  • Modifications persistantes ou marquées de l’humeur (irritabilité, tristesse, colère);
  • Modifications dans les relations avec les collègues (isolement, retrait, agitation);
  • Diminution du rendement (erreurs répétées, oublis fréquents, retard dans les échéances, etc.);
  • Retards et absentéisme fréquents;
  • Hyperassiduité au travail sans résultat concret;
  • Plaintes répétées de fatigue excessive, de maux physiques, de préoccupations concernant sa santé.

Une des attitudes aidantes consiste à exprimer avec authenticité et transparence les sentiments d’inquiétude que l’on éprouve de voir l’autre traverser des moments difficiles.  À partir de phrases telles que : «je m’inquiète pour toi depuis quelques semaines» nous tendons ainsi la main et l’oreille vers l’autre.

Nous pouvons nous sentir tout aussi démuni devant les confidences d’un employé.  La plupart du temps, ce malaise est engendré par notre désir de vouloir «régler le problème ».  En fait, personne n’attend de nous ce «miracle». Par contre, être à l’écoute, laisser l’autre s’exprimer librement et au besoin, l’aider à s’exprimer peut s’avérer un bon moyen de lui prêter main forte.

Si vous constatez que les difficultés de la personne sont liées à des problèmes qui originent du milieu même de travail,  il est possible de limiter la dépression en apportant les correctifs nécessaires.  Dans certains cas, il peut être utile de faire appel à des spécialistes pour procéder à une évaluation du climat de travail, à la résolution de certains conflits ou encore à la consolidation des équipes de travail. Tous ces types d’intervention organisationnelle peuvent agir à titre préventif lorsque le moral et la motivation de certains employés constituent des problèmes récurrents.
 
Il arrive souvent, par contre, que les difficultés observées soient liées à des facteurs d’ordre personnel.   Il s’agit alors de motiver la personne à consulter et à suivre son traitement.  Une rencontre avec un médecin ou un conseiller du programme d’aide aux employés est un bon point de départ pour circonscrire les symptômes de la dépression et identifier le type de traitement requis.  Rappelez-vous que la personne qui consulte dès le début de la phase dépressive réduit très souvent l’intensité et la durée de ses symptômes.

Qu’il s’agisse de prévention ou de réinsertion au travail, il est préférable d’assurer un suivi aux personnes qui traversent une période dépressive de manière à établir les conditions favorables à leur rétablissement.

LA RÉINSERTION AU TRAVAIL

Les conseils qui suivent vous aideront sûrement à guider la personne dépressive vers une réinsertion réussie:

Une rencontre avec la personne devrait être prévue peu de temps avant son retour au travail pour lui permettre de reprendre contact avec le milieu. Lors de cette rencontre, permettez-lui de s’exprimer si elle le désire.  Soyez accueillant et attentif.  Démontrez-lui que vous cherchez à l’aider et à faciliter son retour au travail.

Établissez avec celle-ci un plan d’action concret tenant compte à la fois des réalités de l’entreprise et des capacités de la personne. L’employé devrait savoir avant de reprendre son travail, la tâche qu’il occupera ainsi que le nombre d’heures et les journées où il devra se présenter.

Au besoin, sensibilisez votre équipe de travail aux attitudes aidantes.  Incitez-les indirectement à jouer un rôle de facilitateur face au processus de réinsertion à l’emploi.  Il importe, cependant, que vous respectiez le principe de confidentialité.  Ne divulguez pas la vie privée ou les confidences que la personne vous a faites.  Laissez-lui la possibilité de sélectionner les informations qu’elle voudra bien leur révéler.  

S’il s’agit d’un retour au travail progressif, sa progression est généralement préétablie dans le temps par le médecin traitant.  Elle devrait, par ailleurs, être réévaluée périodiquement et ajustée, si nécessaire, aux capacités de la personne.  Certaines personnes peuvent souhaiter accélérer leur réinsertion alors que d’autres se voient dans l’obligation de la ralentir pour éviter une rechute.   Dans de telles circonstances, suggérez à la personne de revoir le médecin ou le psychologue. Ces professionnels de la santé peuvent l’aider à faire un choix judicieux.

Lors de vos entretiens, évitez les jugements et les intrusions dans la vie privée.  Cherchez à être attentif et compréhensif. Montrez-vous soucieux de son bien-être et offrez-lui votre disponibilité et votre support.  Invitez la personne à exprimer ses besoins.  Globalement, il s’agit d’avoir une approche humaine et d’établir, dès le départ une relation de confiance basée sur la tolérance et le respect de la personne.

Si vous constatez au bout de quelques semaines que la personne éprouve des difficultés, faites lui part de ce que vous constatez.  Basez vos propos sur des faits et des observations concrètes.  Évitez de jouer au psychologue ou de poser des diagnostics sur son état psychologique. Demeurez respectueux et positif face aux solutions envisagées.

Rappelez-vous que la dépression est une maladie qui peut toucher n’importe qui.  Se remettre d’une dépression peut prendre plusieurs mois.  Il est parfois tentant de supposer qu’un employé qui souffre de dépression essaie de « prolonger des vacances ».  Ce n'est généralement pas le cas.  La personne en dépression est une personne souffrante.

Malgré toutes ces bonnes intentions, il se peut que la réinsertion au travail ne s’effectue pas comme vous l’aviez souhaité.  Dans le doute, le programme d’aide existe aussi pour vous.  Parfois, une seule rencontre peut vous aider à y voir plus clair et à vous remettre sur la bonne route.  N’hésitez donc pas à y recourir.

Ginette Soucy, Conseillère chez  Jacques Lamarre et Associés